• Véronique Dessaint

Quand filer devient une thérapie ???

Mis à jour : mars 19


En quoi filer peut-il être une thérapie, répéter inlassablement les mêmes gestes de manière machinale, synchronicité des mains et des pieds et ceci pendant des heures ? A priori cela serait plus ennuyeux, laborieux comme activité, il faudrait être fou pour aimer filer au point que cela en devient addictif et que certains comparent le filage a de la méditation. Les profanes se contenteront de la satisfaction d'avoir créé ( parce que l'on peut parler de création dans ce cas précis ) un fil soi-même mais ça ne suffit pas pour devenir addict.


Pour mieux comprendre, je vais vous parler de mon histoire :

J'ai commencé a filer ma propre laine parce qu'il y a des moutons là ou j'habite et que je pensais me faire des pulls a moindre coût, l'aspect chronophage de l'activité ne venant pas en ligne ce compte, mais rien ne s'est passé comme prévu. L'activité a moindre coût a pris du plomb dans l'aile, cela me coute un bras ( achat des teintures, achat du rouet , achat des livres et achat des fibres, parce que la laine des moutons a viande des prés de ma campagne est de tres mauvaise qualité sans compter les outils de transformation comme mes métiers a tisser et livres qui vont avec )



J'ai donc débuté avec un fuseau turc, cela m'a permis de comprendre les bases du filage, cette période n'avait qu'un but économique et n'avait rien d'addictif , je n'aime d'ailleurs pas filer au fuseau mais l'aspect magique de la transformation de la fibre en fil m'avait tout de même fascinée et comme j'ai voulu expérimenter le filage au rouet, j'ai attendu d'avoir les moyens financiers pour en acheter un neuf


Vous allez me dire..........c'est bien beau mais ou est la méditation et la thérapie dans tout cela, jusqu'à présent il est question d'activité chronophage et "que ça coute un bras !" ?


Avec mon rouet , j'ai eu l'occasion de créer toute sorte de fil, de m'étonner moi-même, je prendre confiance en moi, de m'évader vers un ailleurs que je ne saurais décrire, mais le plus intéressant dans le mouvement de la roue associée a l'épinglier, ce rythme de balancier mêlant les pieds et les mains m'a permis de me débarrasser des émotions liées a des traumatismes qui dataient de l'enfance, pour me libérer des émotions qui m'empêchent de raisonner de manière objective, il me suffit de faire deux heures de rouet , au début de penser a ce qui me contrarie et au bout des deux heures , les émotions liées a la contrariété ont disparues comme par enchantement. Vous allez me dire que c'est factice, qu'une fois le rouet rangé , les contrariétés reviennent et les émotions qui vont avec, c'est rarement le cas et si ça revient, il suffit de remettre le rouet en marche le lendemain !



Ce que j'explique n'est pas venu en un jour, mais progressivement ................en deux heures de filage, on a le temps de réfléchir et de penser a beaucoup de choses qui vous empêchent de progresser, qui vous angoissent, le mouvement pendulaire de l'épinglier agit comme un balancier , le son rythmé des pédales et de la roue qui tourne le tout harmonieusement ( il faut mettre de l'huile pour éviter les grincements sinon ça ne fonctionner , ça dégoute du filage plus qu'autre chose ) finissent par apaiser a la manière d'une séance de méditation ou d'EMDR ( je dis bien a la manière , cela ne remplacera pas une vraie séance d'EMDR avec un vrai thérapeute )

Aujourd'hui, l'aspect économique du filage n'existe plus et pour tout dire vu le temps passé ce n'est aucunement rentable.... je mets 4 heures pour filer 100 grammes de fibres en un brin, 4 heures pour le deuxième brin et entre 2 et 4 heures ( selon plus ou moins la grosseur du fil fini ) , au final cela me donne entre 6 et 8 heures pour 100 grammes de filés main en deux brins sans compter le temps de teinture et le coût de la fibre , le lavage, le cardage



Alors oui, je vais continuer a filer , conserver le contact avec la matière vivante, continuer a créer, même si cela n'est pas "rentable " même si cela est chronophage et d'un autre temps révolu. Cela m'a permis de découvrir un univers que je n'aurais jamais imaginé moi qui voyais le mouton comme un gigot sur pattes, aujourd'hui je le vois comme un animal dont la toison peut se filer . Quand je suis stressée , je file , et cela me détend, quand j'ai des tracas, je file et ceux-ci s'envolent au fur et a mesure que la bobine se remplit de fil , mes traumas de l'enfance ont disparus , pas de la mémoire mais de l'émotionnel , je peux en parler sans me mettre a pleurer ce qui me permet de consacrer mon énergie a autre chose.

Alors oui, si l'on prend en compte ma santé psychique et mentale, mon moral ; filer sa propre laine est rentable parce que la santé ça n'a pas de prix !


https://www.emdr-france.org/web/quest-therapie-emdr/


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Histoire de filage par Dominique Casado



Histoire de filage.....

C'est sympa de partir des toisons brutes.

Pas toujours forcément "bien pliées", ce qui n'aide pas à trier rapidement... (+ virer pailles et autres indésirables) Puis: et hop, "au jus", touiller doucement...

Puis.... hop, dans l'essoreuse (très contente de cet achat!).

Des fois: re-laver.

Puis: mettre à sécher.. régulièrement "aérer" les fibres pour que l'air y circule, surtout l'alpaga. (case "pas fibre": arroser le jardin avec la "tisane de toisons")

Ôter, au passage des crassouilles et autres mochetés "pas filables".

Puis.... carder.... ou pas, c'est selon.

Puis.... filer, enfin!

En moyenne: 100m à l'heure, des fois 125m/h.

Bref: 10h pour avoir 1000m, ce qui ne fait pas un pull!

Cela fait un "fil simple retors".

Puis retordre...

Donc refiler le fil simple retors avec un autre fil....

SI c'est avec un fil filé main, cela fait encore 10h de filage = 1000m.

Qu'on file ensemble... , donc encore 10h de "taf". 1000m de retors full filé main, en retordant sans "fioritures" (là, cela prend plus de temps) = 30h de filage.

Si on retord avec un "fil industriel", cela ne fait "que" 20h de taf, quoique.. ce type de retors est souvent plus "subtil"

Mettre le fil sur l'écheveaudoir, en comptant les tours pour savoir "combien y a de mètre de fil/écheveau", les caler avec des nouettes. ( les nouettes sont des petites attaches qui permettent au fil de ne pas s'emmêler entre eux ) Impossible, objectivement, de vendre à tarif "laine chinoise" de chaines de solderie et "offre bas prix" (pur synthétique...) Il n'y a même pas la case "teinture naturelle"

J'explique pas non plus... que la baraque devient poussiéreuse et les touffes de fibres qui s'éparpillent partout

Voilà, voilà...

Donc, ici, un petit alpaga, qui était tacheté blanc et beige un peu rosé, filé "comme ça vient", retordu avec un fil structuré de Bart et Francis, diverses matières naturelles. 756grammes 1388m (bref...92m/50gr)

Avec l'aimable autorisation de l'auteure "Dominique Casado" fileuse invétérée depuis plus longtemps que moi et qui sait de quoi elle parle


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